SBIF, Coris Bourse, SA2IF et Image Finances Internationales constituent aujourd’hui le noyau burkinabè de l’intermédiation boursière. Encore peu connues du grand public, ces institutions occupent pourtant une place stratégique entre l’épargne, la Bourse régionale et les besoins de financement de l’État comme des entreprises. À mesure que le Burkina Faso diversifie ses instruments financiers, leur rôle devient impossible à ignorer.

Par la rédaction de Banque Finance Magazine (BFM)

Lorsqu’on parle de finance au Burkina Faso, les banques, les institutions de microfinance et, plus récemment, les fintechs viennent immédiatement à l’esprit. Les Sociétés de gestion et d’intermédiation, ou SGI, restent beaucoup plus discrètes. Pourtant, sans elles, un particulier ne peut normalement ni acheter ni vendre des actions cotées à la Bourse régionale des valeurs mobilières. Sans leur expertise, nombre d’entreprises et d’États auraient également plus de difficultés à structurer et à placer leurs emprunts sur le marché régional.

Les SGI sont les portes d’entrée de la BRVM. Elles ouvrent et tiennent les comptes-titres, exécutent les ordres d’achat et de vente, conseillent les investisseurs, assurent la gestion de portefeuilles et accompagnent les émetteurs dans leurs opérations de levée de fonds. Leur intervention ne se limite donc pas au courtage. Elles participent à la transformation de l’épargne disponible en capitaux capables de financer des infrastructures, des entreprises et des projets de développement.

Cette fonction prend une dimension particulière dans un marché régional en pleine croissance. Au 12 septembre 2026, la BRVM affichait une capitalisation de plus de 21 420 milliards de FCFA pour les actions et de plus de 12 717 milliards de FCFA pour les obligations. Derrière ces chiffres se trouve une chaîne de confiance dont les SGI constituent un maillon essentiel.

Quatre SGI, quatre positionnements

Le répertoire officiel de la BRVM recense quatre SGI établies au Burkina Faso : la Société burkinabè d’intermédiation financière (SBIF), Coris Bourse, la Société africaine d’ingénierie et d’intermédiation financières (SA2IF) et Image Finances Internationales (IFI). Leur coexistence donne au pays une base d’expertise locale capable d’accompagner aussi bien les investisseurs particuliers que les institutionnels, les entreprises, les collectivités publiques et l’État.

La SBIF représente l’ancrage historique du secteur. Première SGI du Burkina Faso, elle a développé une expérience dans le placement d’actions et d’obligations, l’arrangement d’émissions, l’ingénierie financière et l’accompagnement des entreprises souhaitant accéder au marché. Son rôle de co-arrangeur et chef de file des premiers Diaspora Bonds du Burkina illustre cette capacité. L’opération, initialement calibrée à 125 milliards de FCFA, a mobilisé 151,5 milliards de FCFA. Au-delà du montant, elle a montré que l’épargne des Burkinabè de l’extérieur peut être dirigée vers des projets productifs lorsque les instruments sont lisibles, crédibles et accessibles.

Coris Bourse apporte, pour sa part, la puissance d’un groupe financier né au Burkina et désormais solidement implanté dans l’Union. Sa présence à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, complétée par des bureaux dans plusieurs capitales ouest-africaines, lui confère un positionnement régional. Son offre destinée aux particuliers, aux entreprises, aux investisseurs institutionnels et à la diaspora, ainsi que la digitalisation progressive de la souscription et du suivi des placements, répondent à une évolution majeure : l’investisseur burkinabè de demain veut accéder au marché avec la même simplicité qu’à un service financier numérique.

La SA2IF s’est distinguée par son effort de vulgarisation et de mise en relation de l’écosystème. En organisant à Ouagadougou le Forum international sur l’investissement boursier, dont la troisième édition s’est tenue en février 2026, la SGI contribue à sortir la Bourse des salles de marché pour l’installer dans le débat économique. Ce travail pédagogique est déterminant. Un marché ne devient véritablement profond que lorsque les entrepreneurs comprennent les solutions de financement disponibles et que les épargnants savent évaluer le rendement, la durée et le risque d’un placement.

Dernière venue dans le paysage burkinabè, Image Finances Internationales (IFI) a rapidement marqué le marché par un positionnement axé sur l’ingénierie financière, la gestion de portefeuille, le conseil et les solutions numériques. Son rôle d’arrangeur principal et de chef de file du placement du premier Sukuk souverain du Burkina Faso constitue une référence importante. D’un montant recherché de 75 milliards de FCFA, cette opération a élargi la palette des instruments disponibles et ouvert davantage le marché national à la finance islamique, fondée sur des titres adossés à des actifs ou à des flux économiques identifiables.

Des intermédiaires devenus stratégiques

Les grandes opérations récentes montrent que les SGI burkinabè ne sont plus de simples exécutantes d’ordres. Elles deviennent des partenaires de structuration financière et des instruments de souveraineté économique. En mars 2026, la première cotation simultanée de trois emprunts obligataires de l’État a mobilisé les quatre maisons burkinabè au sein d’un même dispositif, sous la conduite de la SBIF. Cette collaboration est un signal fort : même concurrentes, les SGI peuvent réunir leurs réseaux et leur expertise lorsqu’une opération exige une capacité de placement plus large.

Pour les entreprises, leur potentiel demeure encore sous-exploité. Beaucoup de dirigeants continuent de considérer le crédit bancaire comme l’unique voie de financement. Or, selon leur taille et leur maturité, les entreprises peuvent aussi envisager une émission obligataire, une augmentation de capital, un placement privé ou, à terme, une introduction en Bourse. La SGI intervient alors pour analyser la faisabilité, structurer l’opération, préparer la documentation et rechercher les investisseurs. Dans une économie où les besoins de capitaux à long terme sont considérables, cette alternative mérite une place plus importante dans les stratégies financières.

Le prochain défi : conquérir le grand public

Le potentiel est réel, mais le principal défi reste culturel. Pour une grande partie de la population, la Bourse demeure un univers lointain, complexe et réservé à une élite. Cette perception prive les ménages d’options de placement et limite la profondeur du marché. Elle réduit également la capacité des économies ouest-africaines à financer leur développement par leurs propres ressources.

La prochaine bataille des SGI burkinabè sera donc celle de la proximité. Elle passera par des applications plus simples, une information régulière sur les produits et les risques, des contenus pédagogiques en français accessible et, pourquoi pas, dans les langues nationales. Elle exigera également une présence accrue hors de Ouagadougou, ainsi qu’une communication mieux adaptée aux jeunes actifs, aux femmes entrepreneures, aux PME et à la diaspora.

La transparence sera tout aussi décisive. Présenter clairement les frais, les performances, les risques et les délais de traitement contribuera davantage à construire la confiance que la seule promesse de rendement. Dans la finance, la pédagogie n’est pas une opération de communication secondaire : elle fait partie du service rendu à l’investisseur.

SBIF, Coris Bourse, SA2IF et IFI disposent ainsi d’une occasion historique. Elles peuvent faire passer la Bourse du statut de sujet réservé aux initiés à celui d’outil populaire de création de patrimoine et de financement de l’économie. Pour réussir ce changement d’échelle, un dialogue plus régulier devra s’installer entre les SGI, les entreprises, les universités, les organisations professionnelles, les fintechs et les médias économiques.

Le Burkina Faso ne manque pas de potentiel d’épargne. Il lui faut surtout davantage de passerelles crédibles pour orienter cette épargne vers l’investissement productif. Ces passerelles existent déjà. Elles portent quatre noms et travaillent encore trop souvent loin des projecteurs. L’heure est venue de mieux les connaître, de comprendre leurs métiers et de mesurer leur contribution à la construction financière du pays.

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