La dette publique rapportée au nombre d’habitants révèle des écarts importants entre les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Selon les estimations présentées dans le graphique, établies à partir des données de dette de 2024 et arrondies, le Sénégal arrive en tête avec environ 1 347 000 FCFA par habitant. La Côte d’Ivoire suit avec 947 000 FCFA, tandis que la Guinée-Bissau et le Bénin affichent des niveaux proches, respectivement 524 000 FCFA et 518 000 FCFA.
Le Togo occupe la cinquième place, à environ 426 000 FCFA par habitant. Viennent ensuite le Mali, avec 325 000 FCFA, le Burkina Faso, avec 299 000 FCFA, et le Niger, dont le niveau estimé s’établit à 193 000 FCFA par habitant. Entre le premier et le dernier pays du classement, l’écart dépasse ainsi 1,1 million de FCFA.
Cette comparaison met en évidence des situations budgétaires différentes, mais elle doit être interprétée avec prudence. La dette par habitant correspond à une estimation obtenue en rapportant la dette publique totale à la population. Elle ne signifie pas que chaque citoyen doit personnellement cette somme à l’État, ni qu’il devra la rembourser individuellement. La dette est portée par les administrations publiques et son remboursement dépend des ressources de l’État, de ses choix budgétaires et des conditions de financement.
Le rang d’un pays ne suffit donc pas à mesurer, à lui seul, la soutenabilité de sa dette. Pour apprécier la capacité de remboursement, il faut aussi examiner le poids de la dette par rapport au produit intérieur brut, les recettes publiques, le coût des intérêts, les échéances à venir et la capacité de l’économie à créer de la richesse. Deux pays présentant un montant similaire par habitant peuvent ainsi faire face à des contraintes très différentes selon la structure de leurs économies et de leurs finances publiques.
Le niveau élevé du Sénégal dans ce classement invite à observer attentivement l’évolution de son endettement et les résultats attendus des investissements financés. La position de la Côte d’Ivoire traduit également l’importance de ses besoins de financement, dans un contexte où l’activité économique et les projets d’infrastructures occupent une place centrale. À l’inverse, le chiffre plus faible du Niger ne signifie pas nécessairement que ses besoins de financement ou ses défis économiques sont moindres.
Pour les citoyens comme pour les décideurs, l’enjeu consiste à transformer les ressources mobilisées en investissements utiles, capables de soutenir l’activité, les services publics et les recettes futures. La transparence sur l’utilisation des emprunts, la qualité des projets et la maîtrise du coût du financement restent essentielles.
Ce classement offre ainsi un repère de comparaison pour 2024, plutôt qu’un verdict définitif sur la santé financière des États. Il rappelle que la dette publique peut accompagner le développement lorsqu’elle finance des priorités productives, mais qu’elle exige une gestion rigoureuse et une information claire sur ses coûts et ses effets.
