Les trois États de l’AES sont enclavés, mais leur moyenne simple du prix officiel de l’essence s’établit à 741 FCFA le litre, contre 849 FCFA dans les cinq autres pays de l’UEMOA disposant d’un accès maritime. Ce différentiel de 12,7 % paraît paradoxal. Il tient pourtant moins à la géographie qu’au cas particulier du Niger et aux choix de fiscalité, de subvention et d’approvisionnement de chaque État.
Une comparaison à lire avec méthode
Le Burkina Faso et le Mali dépendent très largement des corridors portuaires de leurs voisins pour leur approvisionnement en produits pétroliers. Les cargaisons transitent notamment par Abidjan, Lomé, Tema ou Dakar avant de poursuivre leur route par voie terrestre. Cette configuration entraîne des coûts de transport, de stockage, d’assurance et, dans le contexte sécuritaire sahélien, parfois des coûts supplémentaires de protection des convois.
Le Niger constitue toutefois une exception majeure. Le pays produit du pétrole, exporte une partie de son brut et alimente parallèlement la Société de raffinage de Zinder, la SORAZ, qui fournit le marché national. Il serait donc inexact d’affirmer que chaque litre consommé à Niamey a nécessairement transité par un port étranger.

| AES | Niger | 499 FCFA/L |
| AES | Burkina Faso | 850 FCFA/L |
| AES | Mali | 875 FCFA/L |
| Moyenne AES | 741,3 FCFA/L | |
| Pays côtiers UEMOA | Bénin | 725 FCFA/L |
| Pays côtiers UEMOA | Togo | 725 FCFA/L |
| Pays côtiers UEMOA | Guinée-Bissau | 899 FCFA/L |
| Pays côtiers UEMOA | Côte d’Ivoire | 905 FCFA/L |
| Pays côtiers UEMOA | Sénégal | 990 FCFA/L |
| Moyenne côtière | 848,8 FCFA/L |

Le Niger explique l’essentiel de l’écart
Avec un tarif officiel de 499 FCFA le litre, le Niger affiche le prix de l’essence le plus bas de l’UEMOA. Ce niveau s’explique notamment par l’existence d’une production nationale, le raffinage local à Zinder et une politique publique de fixation des prix. Il ne signifie pas que l’approvisionnement est toujours fluide : des pénuries ponctuelles et des prix plus élevés sur le marché parallèle peuvent coexister avec le tarif réglementé.
L’effet statistique est déterminant. Si le Niger est retiré du calcul, la moyenne du Burkina Faso et du Mali atteint 862,5 FCFA le litre. Elle devient alors supérieure de 13,7 FCFA à la moyenne des cinq pays côtiers, soit environ 1,6 %. La formulation rigoureuse n’est donc pas que les pays enclavés paient systématiquement moins cher, mais que la moyenne officielle de l’AES est plus basse en raison du cas nigérien.
Côte d’Ivoire : prix international et arbitrage budgétaire
Depuis le 1er août 2026, le litre de super est passé de 875 à 905 FCFA en Côte d’Ivoire, tandis que le gasoil est passé de 700 à 725 FCFA. Le gouvernement ivoirien relie cette hausse à l’évolution des marchés internationaux et précise que les produits pétroliers continuent de bénéficier d’un soutien public. La hausse n’est donc pas assimilable à une suppression totale et immédiate des subventions.
La découverte et la mise en production de gisements tels que Baleine, puis la découverte de Calao, ne garantissent pas automatiquement un carburant moins cher. Le brut produit répond à des contrats de partage de production, à des contraintes de qualité et de raffinage, ainsi qu’à des objectifs d’exportation et de recettes publiques. Le prix à la pompe dépend pour sa part de la structure des coûts, des taxes, des marges et du niveau de compensation décidé par l’État.
La Côte d’Ivoire est engagée depuis mai 2023 dans un programme soutenu conjointement par la Facilité élargie de crédit et le Mécanisme élargi de crédit du FMI. Les autorités se sont engagées à maintenir le mécanisme d’ajustement des prix, à préserver les recettes fiscales pétrolières et à éliminer progressivement les subventions implicites d’ici 2028, avec un dispositif de transferts numériques en faveur des ménages vulnérables.
La dette publique ivoirienne s’est établie à 57,1 % du PIB en 2025 selon le dernier tableau de synthèse du FMI, et non à 55,6 %. Le risque de surendettement a effectivement été reclassé de modéré à faible. Cette amélioration résulte de plusieurs facteurs : réduction du déficit, mobilisation des recettes et gestion active de la dette. Elle ne constitue pas, à elle seule, la cause directe de l’augmentation du carburant.
Sénégal : produire du brut ne suffit pas
À compter du 15 août 2026, le Sénégal a relevé le supercarburant de 920 à 990 FCFA le litre et le gasoil de 680 à 755 FCFA. Cet ajustement rétablit les tarifs qui prévalaient avant la baisse décidée en décembre 2025.
Le Sénégal est producteur de pétrole depuis le démarrage du champ de Sangomar en juin 2024. Une partie des cargaisons est commercialisée sur les marchés internationaux, mais du brut de Sangomar est également livré à la Société africaine de raffinage. La SAR a reçu une première cargaison locale le 8 février 2025. Il est donc inexact d’affirmer que le pays exporte tout son brut et importe l’intégralité du carburant qu’il consomme.
Le pays reste néanmoins importateur d’une partie de ses besoins en produits raffinés. La capacité de la raffinerie, la nature du brut, les arrêts techniques, les contrats commerciaux et le niveau de la demande nationale expliquent pourquoi le démarrage de la production pétrolière ne se traduit pas mécaniquement par une baisse immédiate à la pompe.
La crise de la dette sénégalaise est, elle, solidement documentée. Après les irrégularités relevées dans les comptes publics de la période précédente, le FMI estimait la dette publique totale à environ 132 % du PIB à fin 2024. Cette situation réduit la marge budgétaire disponible pour absorber durablement les chocs énergétiques.
Les subventions à l’énergie ont atteint environ 411,6 milliards FCFA en 2025. Pour 2026, l’enveloppe révisée a été annoncée autour de 729 milliards FCFA, contre 250 milliards initialement prévus. Ce dernier chiffre doit être présenté comme une enveloppe budgétaire couvrant l’ensemble du secteur énergétique, notamment les carburants et l’électricité, et non comme une dépense déjà entièrement exécutée au seul profit des carburants.
Ce qui détermine réellement le prix à la pompe
- le prix international du brut et, surtout, des produits raffinés importés ;
- le taux de change entre le dollar, l’euro et le franc CFA ;
- la capacité locale de raffinage, son rendement et ses coûts de fonctionnement ;
- le fret maritime, le stockage, l’assurance et le transport terrestre ;
- les taxes, prélèvements, marges de distribution et mécanismes de péréquation ;
- le niveau de subvention ou de lissage choisi par chaque gouvernement.
| En définitive, le constat régional demeure valable, à condition d’être précisément formulé : au 15 août 2026, la moyenne simple des tarifs officiels de l’essence est inférieure de 12,7 % dans l’AES par rapport aux cinq autres pays de l’UEMOA disposant d’un accès maritime. Mais cet avantage statistique est principalement créé par le Niger. La géographie compte ; elle ne suffit pas. Production, raffinage, fiscalité, subventions et arbitrages budgétaires déterminent ensemble le prix payé par le consommateur. |
L’endettement intervient de manière indirecte : il influence la capacité d’un État à financer des subventions, mais il ne fixe pas mécaniquement le prix du litre. Deux pays ayant un niveau d’endettement proche peuvent appliquer des politiques de prix très différentes.ort trois facteurs qui pèsent réellement sur l’augmentation du coût du carburant : raffinage local, endettement, choix politique. La gouvernance de la rente pétrolière nous apprend que produire ne garantit pas une redistribution automatique vers le consommateur final.
