Avec 24 institutions autorisées à proposer PI-SPI au public, le Sénégal devance légèrement la Côte d’Ivoire et s’impose comme le marché le plus avancé de l’UEMOA. Mais le véritable enjeu sera désormais l’usage.

104 Institutions autorisées
dans l’UEMOA
24 Participants autorisés
au Sénégal (1er)
23 Participants autorisés
en Côte d’Ivoire (2e)
74 % Taux d’inclusion
financière UEMOA

Dans la bataille pour décloisonner les paiements en Afrique de l’Ouest, le Sénégal vient de prendre une courte mais symbolique longueur d’avance. Selon la liste arrêtée au 31 juillet 2026 par la BCEAO, 104 institutions sont autorisées à ouvrir au public les services de la Plateforme interopérable du système de paiement instantané, PI-SPI, dans les huit pays de l’Union.

Au 24 juin, la BCEAO recensait 80 participants connectés et 74 autres en phase de test réel. Ces statuts ne sont pas strictement comparables à celui d’institution autorisée à servir le public, mais la nouvelle liste confirme l’accélération du déploiement.

Le Sénégal arrive en tête avec 24 participants, juste devant la Côte d’Ivoire, qui en compte 23. Suivent le Mali avec 14 institutions, le Burkina Faso avec 13, le Bénin avec 11, le Togo avec neuf, puis le Niger et la Guinée-Bissau avec cinq chacun. Cette première place sénégalaise est d’autant plus significative que son dispositif est diversifié : 17 banques, deux émetteurs de monnaie électronique, un établissement de paiement et quatre institutions de microfinance figurent sur la liste.

PI-SPI n’est pas un portefeuille électronique supplémentaire. C’est une infrastructure commune qui permet à un client d’envoyer de l’argent depuis sa banque vers un compte de mobile money, une institution de microfinance ou un autre établissement, sans se préoccuper du réseau du bénéficiaire. Le service fonctionne 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, et les fonds doivent être disponibles en moins de dix secondes. Numéro de téléphone, adresse de paiement ou QR code peuvent servir d’identifiant, tandis que les transferts entre particuliers sont annoncés comme gratuits.

Pour le Sénégal, l’avance actuelle traduit la profondeur de son écosystème financier : présence de grands groupes bancaires, forte concurrence dans la monnaie électronique, densité des réseaux de microfinance et émergence de nouveaux prestataires. Cette diversité crée un terrain favorable à l’effet de réseau. Plus les institutions sont connectées, plus PI-SPI devient utile aux ménages, commerçants, entreprises et administrations.

L’enjeu économique est considérable. Dans l’UEMOA, le nombre de paiements électroniques est passé de 260 millions en 2014 à plus de 11 milliards en 2024, tandis que le taux d’inclusion financière a atteint 74 %, selon la BCEAO. L’interopérabilité peut amplifier cette dynamique en réduisant les coûts de transaction, les erreurs d’aiguillage et la dépendance aux espèces. Elle peut aussi rebattre les cartes de la concurrence : les acteurs ne pourront plus protéger leur clientèle derrière des réseaux fermés. Ils devront se différencier par l’expérience utilisateur, la disponibilité, la sécurité, le crédit, l’épargne et les services aux commerçants.

Il faut toutefois éviter de confondre connexion technique et adoption réelle. La première place du Sénégal ne sera durable que si elle se traduit par des utilisateurs actifs, des paiements marchands fréquents, un faible taux d’échec et un traitement rapide des réclamations. La lutte contre la fraude, la protection des données, l’éducation financière et la couverture rurale seront décisives.

La montée en charge demeure progressive. La BCEAO a reporté au 30 septembre 2026 l’échéance applicable aux banques, émetteurs de monnaie électronique et établissements de paiement, et au 30 juin 2027 celle des institutions de microfinance supervisées. Le Sénégal a donc pris la tête du peloton, mais la course ne fait que commencer. Le prochain classement se mesurera surtout à la capacité de faire de PI-SPI un réflexe quotidien.

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