Une usine ne se finance pas comme un stock de marchandises. C’est tout l’enjeu de la décision prise à Cotonou : le gouvernement béninois veut prendre une part du risque que les banques hésitent à porter seules.

Selon le compte rendu repris par la SRTB, le Conseil des ministres du 4 novembre a décidé la création d’un Fonds de développement industriel du Bénin, doté d’un capital de 100 milliards de FCFA.

Le dispositif repose sur trois guichets :

• Bénin Industrial Invest (BII), pour apporter des fonds propres et quasi-fonds propres de long terme aux projets industriels structurants ;

• la Facilité de garantie industrielle (FGI), qui partage avec les banques et les sociétés de crédit-bail le risque des crédits d’investissement, des équipements et des exportations ;

• les Usines prêtes à l’emploi (UPE), des bâtiments industriels aménagés et immédiatement exploitables dans les pôles de développement territorial.

L’objectif affiché est de faire émerger des « champions industriels » capables de s’insérer dans les chaînes de valeur régionales et internationales, en accélérant la transformation locale des matières premières. Le textile-habillement, à partir du coton, et la fabrication de carreaux de céramique figurent parmi les exemples cités. Les ministres chargés de l’Économie et des Finances, de l’Industrie et de l’Investissement privé doivent désormais formaliser et rendre opérationnelle la société porteuse du fonds.

Pour les banques de l’UEMOA, l’enjeu est concret. Le crédit d’investissement à long terme reste le maillon faible du financement des entreprises : maturités longues, garanties insuffisantes, fonds propres des promoteurs trop minces. Un fonds qui renforce le haut de bilan des industriels et couvre une partie du risque de crédit peut rendre bancables des dossiers jusqu’ici écartés. Le guichet crédit-bail ouvre aussi un relais pour le financement des équipements.

Plusieurs paramètres restent à préciser : la répartition du capital, la quotité garantie par la FGI, le coût de la garantie et les critères d’éligibilité. Ce sont eux qui diront si le fonds change réellement la décision de crédit dans les comités des banques.

Le partage du risque public-privé suffira-t-il à faire de l’industrie un véritable marché pour les banques ouest-africaines ?

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