Il ne s’agissait pas d’une visite de courtoisie. Lorsque Jean-Claude Kassi Brou, Gouverneur de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, franchit les portes de la Présidence du Faso ce lundi matin, il portait dans ses dossiers des chiffres, des tendances, et un message clair : le Burkina Faso tient bon. Et dans le contexte actuel, ce n’est pas rien.
Traduction concrète : Jean-Claude Kassi Brou n’est pas venu faire de la diplomatie. Il est venu faire un briefing de fond au Chef de l’État sur l’état réel de l’économie burkinabè : croissance, inflation, réserves extérieures, et chantiers institutionnels de la BCEAO sur le territoire national.
C’est précisément ce type d’audience (discrète, technique, loin des sommets officiels) qui détermine les orientations de politique économique. Et ce qui en est ressorti mérite qu’on s’y attarde.
Premier signal fort : la croissance burkinabè résiste
Quand le Gouverneur de la BCEAO déclare avoir « salué la résilience et la performance de l’économie burkinabè », il ne s’agit pas d’une formule de politesse. Dans le vocabulaire d’un banquier central, ces mots ont un sens précis.
Les dernières projections de la BCEAO pour l’UEMOA tablaient sur une croissance régionale autour de 6,2 % en 2025, avec un rebond anticipé en 2026. Le Burkina Faso, en dépit d’un contexte sécuritaire qui pèse sur plusieurs provinces et perturbe les chaînes d’approvisionnement agricoles, affiche une trajectoire qui retient l’attention de l’institution.

Comment est-ce possible ? Plusieurs facteurs structurels jouent en faveur du pays :
– L’or , premier produit d’exportation, continue d’alimenter les recettes en devises dans un contexte de cours internationaux historiquement élevés, le métal jaune a flirté avec les 3 300 dollars l’once en 2025.
– Les dépenses publiques d’effort de guerre, paradoxalement, soutiennent une partie de l’activité intérieure : commandes de matériels, mobilisation de ressources humaines, travaux d’infrastructure.
– Le secteur informel et agricole, résilient par nature, amortit les chocs là où l’économie formelle fléchit.
Deuxième signal : l’inflation est sous contrôle
C’est le message le plus rassurant de cette audience. Le Gouverneur a expressément évoqué une « gestion maîtrisée des tensions inflationnistes » au Burkina Faso.
Pour rappel, l’UEMOA avait traversé une période difficile entre 2022 et 2023, avec une inflation qui avait dépassé les 7 % à l’échelle régionale, sous l’effet conjugué des chocs post-Covid, de la guerre en Ukraine et de la hausse des prix alimentaires mondiaux. La BCEAO avait alors resserré sa politique monétaire, relevant son taux directeur à 3,5 %.
Le retour à une inflation maîtrisée, les dernières données régionales la situaient en dessous de 3 % en 2025, est une bouffée d’oxygène pour les ménages et pour les banques commerciales, qui peuvent à nouveau envisager un assouplissement progressif des conditions de crédit.
Pour le Burkina Faso spécifiquement, la pression sur les prix alimentaires reste un point de vigilance dans les zones affectées par l’insécurité. Mais à l’échelle des agrégats nationaux, la tendance est stabilisée.

Troisième signal : la position extérieure de l’UEMOA tient
La mention de la « position extérieure » dans le discours du Gouverneur n’est pas anodine. Elle renvoie à l’état des réserves de change de la BCEAO, ce matelas de devises qui garantit la convertibilité du franc CFA et la crédibilité de l’union monétaire.
Les réserves de l’UEMOA couvraient plus de cinq mois d’importations fin 2024, au-dessus du seuil critique de trois mois généralement retenu par les institutions de Bretton Woods. Un indicateur qui rassure sur la solidité du franc CFA dans un environnement géopolitique où des voix, y compris dans la sous-région, questionnent l’avenir de la monnaie commune.
Le chantier silencieux : l’ancrage institutionnel de la BCEAO au Burkina
L’un des points les moins commentés est pourtant significatif : les échanges ont porté sur l’état d’avancement des grands chantiers de la BCEAO au Burkina Faso, avec des « perspectives à court et moyen termes ».
Qu’est-ce que cela recouvre concrètement ? Sans que le communiqué le précise, on peut raisonnablement penser aux projets d’infrastructure monétaire et financière que la BCEAO déploie dans ses États membres : modernisation des systèmes de paiement, extension de la couverture des services financiers en milieu rural, déploiement de l’interopérabilité mobile money-banque, ou encore renforcement des capacités de supervision bancaire locale.
Ces chantiers sont stratégiques. Ils conditionnent directement l’inclusion financière, un enjeu que le Burkina Faso, avec moins de 30 % de la population adulte bancarisée, ne peut se permettre de négliger.
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Ce que le camarade IB a entendu, en résumé
Si l’on devait distiller ce qu’Ibrahim Traoré a reçu comme information ce matin, ce serait ceci : Votre économie résiste mieux que ce que le contexte laissait craindre. L’inflation est maîtrisée. La croissance est au rendez-vous. Les réserves régionales sont solides. Et la BCEAO est présente, sur le terrain, pour accompagner le développement financier du pays.
C’est un message de confiance institutionnelle, rare, dans un contexte où les relations entre certains États de l’AES et les institutions héritées de l’ère post-coloniale sont scrutées avec attention.
Le defis qui mérite attention particulière est de faire cette dynamique positive durable. Elle le sera si les fondamentaux sont consolidés, recettes fiscales, diversification des exportations, accès au crédit pour les PME. Ce sont précisément ces chantiers qui, au-delà des chiffres rassicurants du jour, définiront la trajectoire à moyen terme.
