Les banques du Burkina Faso, du Mali et du Niger restent actives et rentables dans leur ensemble. Leur poids dans l’Union monétaire est déjà considérable. Mais les écarts de solidité entre les trois pays et la qualité du crédit rappellent que la prochaine étape sera de transformer cette présence bancaire en financement plus accessible pour les entreprises et les ménages.
Les banques du Burkina Faso, du Mali et du Niger ne traversent pas une situation uniforme. Les chiffres dessinent plutôt trois réalités, avec une même capacité à maintenir l’activité et à dégager des bénéfices, mais des niveaux de solidité et des contraintes différents. C’est ce regard nuancé qui permet de parler d’espoir sans masquer les défis.
À fin 2025, les trois pays totalisaient environ 21 757 milliards de FCFA d’actifs bancaires, soit près de 26,4 % du bilan des établissements de crédit de l’UMOA. Ils comptaient 44 banques, au sein de 57 établissements de crédit, et plus de 7,3 millions de comptes bancaires. Ces chiffres, calculés à partir des données nationales du rapport annuel de la Commission Bancaire, montrent que les places de l’AES pèsent déjà dans le système financier régional.
Des banques bénéficiaires, avec des écarts marqués
Le résultat net provisoire cumulé des trois pays s’établit à 233,7 milliards de FCFA. Le Mali arrive en tête avec 134,2 milliards, suivi du Burkina Faso avec 94,4 milliards. Le Niger enregistre 5,1 milliards. Les trois places affichent ainsi un bénéfice agrégé, mais la contribution du Niger reste modeste au regard de la taille de son secteur.
Cette rentabilité est un signe encourageant. Elle suggère que les établissements continuent d’exercer leur métier, de servir leurs clients et de générer des revenus. Elle donne aussi aux banques une base pour consolider leurs fonds propres et investir dans leurs réseaux et leurs outils. Elle ne signifie cependant pas, à elle seule, que le crédit est facile d’accès ni que toutes les banques disposent de la même capacité à absorber les chocs.
La solidité prudentielle confirme cette différence. Le ratio moyen de solvabilité atteint 15,3 % au Burkina Faso et 16,3 % au Mali, au-dessus du seuil réglementaire de 11,5 %. Au Niger, il ressort à 7,9 %. La Commission précise que ce niveau est fortement influencé par la situation d’un établissement dont les fonds propres dégradés pèsent sur l’ensemble de la place. Il faut donc prendre ce chiffre au sérieux sans en déduire que toutes les banques nigériennes présentent la même fragilité.
La liquidité tient, mais les marges ne sont pas identiques
Les coefficients de liquidité dépassent le minimum réglementaire de 75 % dans les trois pays. Celui du Mali atteint 128,4 %. Le Niger se situe à 84,7 % et le Burkina Faso à 79,5 %. Ces deux derniers niveaux restent au-dessus du seuil, mais leur marge est plus réduite. La liquidité est donc présente, tout en appelant une gestion attentive de la trésorerie et des échéances.
Un autre point de vigilance est la qualité des crédits. À l’échelle de l’UMOA, le taux brut de dégradation du portefeuille s’est légèrement amélioré, passant de 9,3 % à 9,1 % en 2025. Toutefois, le montant des créances en souffrance a encore progressé. Le rapport indique que les places bancaires des trois pays de l’AES affichent un taux de dégradation supérieur à cette moyenne régionale. Cette situation appelle un suivi rigoureux du risque et un accompagnement des emprunteurs, en particulier des petites entreprises exposées aux retards de paiement et aux variations de leur activité.
Le prochain enjeu : mieux convertir l’épargne en crédit productif
La question centrale n’est donc pas seulement de savoir si les banques restent debout. Elles le sont, et leurs résultats le démontrent. Il s’agit maintenant de mesurer leur capacité à financer davantage l’économie réelle. Dans l’ensemble de l’UMOA, le crédit bancaire reste concentré dans le commerce, les services et l’industrie manufacturière, tandis que l’agriculture, la sylviculture et la pêche ne représentent que 2 % des crédits recensés. Cette répartition régionale ne décrit pas à elle seule chaque pays de l’AES, mais elle met en évidence un potentiel à mieux mobiliser pour les filières agricoles, la transformation locale, le transport et les entreprises de taille moyenne.
La densité du réseau est déjà significative. Les trois pays réunissent plus de 1 080 agences, bureaux et points de vente. Le défi consiste à rapprocher davantage les services des populations rurales et des entreprises éloignées des grands centres, tout en maîtrisant les coûts. Les paiements numériques peuvent y contribuer. À l’échelle de l’Union, les transactions réalisées par téléphonie mobile ont fortement progressé en 2025. Les banques peuvent tirer parti de cette évolution en développant des services interopérables et en adaptant leurs offres aux besoins des petites entreprises et des ménages.
Le Niger offre aussi un signal de normalisation financière : en avril 2025, la BCEAO a levé le traitement temporaire appliqué aux titres publics nigériens, après la reprise normale des interventions de l’État sur le marché financier régional. Cette évolution rétablit un traitement commun des titres publics dans l’UMOA et peut soutenir la confiance dans le fonctionnement des échanges financiers.
Une base solide pour la suite
Le bilan des banques de l’AES est donc contrasté, mais loin d’être sans espoir. Le Burkina Faso et le Mali présentent des ratios de solvabilité supérieurs au seuil réglementaire. Le Niger conserve un secteur bancaire actif et bénéficiaire, malgré un indicateur prudentiel global affaibli par la situation d’un établissement. Dans les trois pays, la priorité est de renforcer les fonds propres, d’améliorer la qualité des crédits et d’élargir le financement vers les secteurs qui créent durablement des emplois et des revenus.
La confiance se construira dans la durée, grâce à des banques bien capitalisées, des entreprises mieux accompagnées et des financements adaptés aux réalités locales. Les chiffres de 2025 montrent que cette base existe déjà. La prochaine ambition est de faire en sorte que la solidité bancaire se traduise plus directement dans la vie des entrepreneurs, des producteurs et des familles.
