Entre 2020 et 2025, le secteur bancaire burkinabè a nettement grandi, mais cette expansion n’a pas profité à tous les établissements de la même manière. Coris Bank International a consolidé une domination spectaculaire, Ecobank a ravi la deuxième place à BOA, Vista Bank a réalisé la progression la plus rapide, tandis que plusieurs banques historiques ont perdu du terrain. Derrière la stabilité apparente du Top 10, une redistribution des positions est en cours.
À partir des rapports annuels de la Commission bancaire de l’UMOA, BFM a reconstitué le classement national des banques selon leur total de bilan au 31 décembre de chaque année. Le total cumulé des dix premières banques est passé d’environ 6 005,5 milliards de FCFA en 2020 à 8 850,1 milliards en 2025, soit une progression de 47,4 %. Cette hausse confirme l’élargissement rapide du marché bancaire burkinabè.
En 2025, Coris Bank International domine avec 2 807,6 milliards de FCFA de total de bilan. Elle est suivie par Ecobank Burkina, avec 1 264,2 milliards, puis BOA Burkina Faso, à 1 148,7 milliards. UBA Burkina occupe la quatrième place avec 668 milliards, devant Vista Bank Burkina, qui atteint 625,3 milliards. Société Générale Burkina Faso, selon la dénomination retenue dans le rapport officiel, arrive sixième avec 570,9 milliards. La Banque Commerciale du Burkina, la Banque de l’Union, Banque Atlantique et IB Bank complètent le Top 10.
La trajectoire de Coris est la plus impressionnante. Déjà première en 2020 avec 1 522,3 milliards de FCFA, la banque a conservé la tête pendant six années consécutives et accru son bilan de 84,4 %. Son poids est désormais tel que son total de bilan dépasse, à lui seul, la somme de ceux d’Ecobank Burkina et de BOA Burkina Faso. Ce leadership traduit une capacité exceptionnelle de mobilisation des ressources et souligne le niveau de concentration du marché autour d’un champion national désormais solidement implanté dans la sous-région.
La deuxième bataille se joue entre Ecobank et BOA. De 2020 à 2023, BOA Burkina Faso occupait solidement la deuxième position. Mais sa progression est restée modérée : son bilan est passé de 988,2 milliards à 1 148,7 milliards de FCFA, soit une hausse de 16,2 % sur cinq ans. Ecobank, partie de 949,9 milliards en 2020, atteint 1 264,2 milliards en 2025. Elle dépasse BOA en 2024 et conserve son avantage l’année suivante, avec un écart de 115,5 milliards. Cette inversion montre qu’une position acquise peut rapidement être remise en cause lorsque les rythmes de croissance divergent.
Vista Bank signe l’ascension la plus visible. Entrée dans le Top 10 en 2021 à la dixième place, avec 245,1 milliards de FCFA, elle en sort temporairement en 2022, revient neuvième en 2023, grimpe à la sixième place en 2024 puis à la cinquième en 2025. Son bilan a été multiplié par 2,55 depuis 2021. Cette performance intervient parallèlement à la prise de contrôle majoritaire de Société Générale Burkina Faso par Vista Group, finalisée en juin 2025. Le classement BFM demeure toutefois établi par établissement : Vista Bank Burkina et SGBF sont comptabilisées séparément, conformément aux données du superviseur. Une lecture consolidée par groupe nécessiterait des comptes retraités.
Derrière les cinq premiers, deux acteurs affichent une progression robuste sans bouleverser durablement leur rang. La Banque Commerciale du Burkina a presque doublé son bilan, de 256,2 milliards en 2020 à 500,4 milliards en 2025, soit une hausse de 95,3 %. Après avoir atteint la sixième place en 2022 et 2023, elle revient au septième rang. La Banque de l’Union suit une évolution comparable : son bilan passe de 231,3 milliards à 452,9 milliards, soit près de 96 % de croissance, tandis qu’elle s’installe à la huitième place depuis 2021.
Les trajectoires de Banque Atlantique et de Société Générale Burkina Faso sont moins favorables. Banque Atlantique recule de la sixième à la neuvième place, avec un bilan presque inchangé entre 2020 et 2025, autour de 435 milliards de FCFA. SGBF passe de la quatrième à la sixième position et voit son total de bilan diminuer de 15,2 %. IB Bank conserve de justesse la dixième place en 2025 avec 377,4 milliards, tandis qu’Orabank, encore huitième en 2020, sort du Top 10 à partir de 2024. BSIC, dixième en 2020, n’y revient pas.
Ce classement mesure néanmoins la taille, pas la qualité intrinsèque des banques. Un bilan élevé ne renseigne pas, à lui seul, sur la rentabilité, la solvabilité, la liquidité ou la qualité du portefeuille de crédits. Mais il éclaire les rapports de force. Le message est net : le marché bancaire burkinabè grandit rapidement, se concentre autour de Coris et voit émerger de nouveaux challengers capables de modifier durablement sa hiérarchie.
