Le gouvernement burkinabè a accordé un ultime délai de quatre mois aux institutions de microfinance (IMF) pour se mettre en conformité avec la loi n°001-2025/ALT du 13 février 2025. Passé cette échéance, les établissements retardataires s’exposent au retrait d’agrément et à l’ouverture de procédures de liquidation. Derrière cette annonce se joue la recomposition la plus profonde du secteur depuis quinze ans.

Une loi communautaire, transposée dans le droit burkinabè

Cette loi n’est pas une initiative isolée de Ouagadougou. Elle transpose la loi uniforme portant réglementation de la microfinance adoptée le 21 décembre 2023 à Cotonou par le Conseil des Ministres de l’UMOA, un texte structuré en dix titres et 173 articles visant à corriger les déséquilibres structurels du secteur, moderniser la supervision et protéger les usagers. La BCEAO avait engagé dès août 2018 la révision du cadre régissant les systèmes financiers décentralisés, pour répondre à des faiblesses documentées : non-respect des règles, déficit de compétences des dirigeants, contrôle interne insuffisant et gestion inadéquate du risque de crédit. Le 13 février 2025, l’Assemblée législative de Transition a adopté le texte à l’unanimité, sur présentation du ministre de l’Économie et des Finances, Aboubakar Nacanabo.

Que dit concrètement cette loi ?

Cinq ruptures majeures méritent l’attention des professionnels :

  • Changement de vocabulaire : On ne parle plus de « systèmes financiers décentralisés » (SFD) mais d’« institutions de microfinance » (IMF).
  • Rationalisation des formes juridiques : Seules la société anonyme et la société coopérative sont désormais admises, avec obligation de mettre en place un conseil d’administration, et une augmentation du capital social destinée à limiter la multiplication d’institutions fragiles.
  • Gouvernance : La réforme exige des compétences spécifiques des dirigeants, interdit le cumul de certaines fonctions et pose l’incompatibilité avec des mandats ministériels ou électifs.
  • Élargissement du champ d’activités : À titre accessoire, les IMF peuvent désormais fournir des services de paiement, émettre et distribuer de la monnaie électronique, pratiquer le crédit-bail et l’affacturage la finance islamique étant elle aussi intégrée au périmètre autorisé.
  • Supervision clarifiée : Le ministre chargé des Finances demeure l’autorité de tutelle, avec l’intervention complémentaire de la BCEAO et de la Commission bancaire.

Un secteur sous pression, mais systémique

L’enjeu n’est pas théorique. Au 31 mars 2026, le Burkina Faso comptait 120 institutions de microfinance agréées regroupant plus de 2,15 millions de membres, représentant un poids financier considérable pour le pays.

Indicateur SectorielValeur (au 31 mars 2026)
Institutions de microfinance agréées120
Nombre total de membresPlus de 2,15 millions
Épargne mobilisée606,4 milliards FCFA
Encours de crédits450,2 milliards FCFA

Le mouvement de mise en conformité est déjà engagé chez les acteurs majeurs : la Faîtière des caisses populaires du Burkina a révisé en mai 2026 ses statuts et règlements, introduisant administrateurs indépendants, comité spécialisé des risques et encadrement renforcé des conflits d’intérêts

Le délai de quatre mois sonne donc comme un avertissement aux retardataires; d’autant que certains textes d’application de la BCEAO restent attendus. Pour les IMF les plus fragiles, l’équation est désormais simple : se transformer ou disparaître. Pour l’épargne de millions de Burkinabè, c’est une promesse de sécurité renforcée.

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