La BECEAO annonce le maintien des taux directeurs et une hausse de l’inflation. À première vue, rien ne change. Pourtant, derrière le maintien de ses taux directeurs, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) envoie un message important : l’économie de l’Union demeure solide, mais le retour progressif de l’inflation impose une vigilance accrue.
Réuni le 9 septembre 2026, le Comité de politique monétaire a maintenu à 3,00 % le principal taux auquel la Banque centrale refinance les banques commerciales. Le taux du guichet de prêt marginal reste, quant à lui, fixé à 5,00 %. Le coefficient des réserves obligatoires demeure également inchangé à 3,00 %. Ces niveaux sont appliqués depuis le 16 mars 2026.
Ce statu quo traduit une recherche d’équilibre. Une baisse des taux aurait pu faciliter davantage l’accès des banques aux liquidités et, indirectement, stimuler le crédit aux entreprises et aux ménages. Mais elle aurait aussi risqué d’alimenter les tensions sur les prix. À l’inverse, une hausse des taux aurait permis de contenir l’inflation, tout en renchérissant le coût du financement dans une région où de nombreuses entreprises rencontrent déjà des difficultés d’accès au crédit.
La BCEAO choisit donc de ne pas brusquer l’économie.
Une inflation encore faible, mais qui repart à la hausse
L’inflation dans l’Union s’est établie à 0,4 % au deuxième trimestre 2026, après une baisse des prix de 0,2 % au trimestre précédent. Pour l’ensemble de l’année, elle devrait atteindre 1,0 %, contre 0,0 % en 2025.
Ce niveau reste globalement modéré. Toutefois, la tendance mérite attention, car la hausse touche directement les dépenses quotidiennes. Elle est principalement portée par l’augmentation des coûts du transport, consécutive au relèvement des prix des produits pétroliers dans plusieurs États. Les loyers ainsi que certains produits alimentaires, notamment la viande, le poisson et les légumes, participent également à cette remontée.
Pour les ménages, une inflation de 1 % peut sembler limitée. Mais cette moyenne masque parfois des augmentations beaucoup plus sensibles sur les produits essentiels. Les foyers modestes, qui consacrent une part importante de leurs revenus à l’alimentation, au logement et au transport, restent donc les plus exposés.
Les incertitudes liées au conflit au Moyen-Orient constituent un autre facteur de risque. Une nouvelle poussée des cours du pétrole pourrait accroître les coûts de transport, de production et d’importation, avant de se répercuter sur les prix à la consommation.
Une économie suffisamment solide pour patienter
La prudence de la BCEAO est également soutenue par la bonne tenue de l’activité économique. La croissance de l’Union est estimée à 6,0 % au deuxième trimestre 2026, après 6,1 % au trimestre précédent. Sur l’ensemble de l’année, elle devrait atteindre 6,1 %, grâce aux performances de plusieurs secteurs.
La situation extérieure de l’UEMOA s’est aussi améliorée, portée par la progression de la valeur des exportations d’or, de coton, de cacao et de produits pétroliers. Parallèlement, les crédits bancaires accordés au secteur privé ont progressé de 6,6 % à fin juin 2026, contre 6,0 % à fin mars. Ces données montrent que le financement de l’économie continue d’avancer malgré le niveau actuel des taux.
Le maintien du principal taux directeur à 3 % ne garantit cependant pas automatiquement des crédits moins chers. Les taux proposés aux clients dépendent aussi du risque, des garanties exigées, des charges bancaires et de la situation financière de chaque emprunteur.
En définitive, la BCEAO gagne du temps. Elle laisse la croissance suivre son cours tout en surveillant le retour de l’inflation. Mais son communiqué contient un avertissement clair : si les pressions sur les prix s’intensifient, la stabilité actuelle des taux pourrait être remise en question. Le statu quo du 9 septembre est donc moins un signe d’immobilisme qu’une posture d’attente stratégique.
