Comment financer des usines, des écoles et des emplois lorsque l’aide diminue et que les remboursements de dette absorbent davantage de ressources ? Cette question traverse les débats des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, organisées du 12 au 18 octobre 2026 à Bangkok, en Thaïlande. Ministres des Finances, gouverneurs de banques centrales, économistes et investisseurs s’y retrouvent pour examiner les perspectives économiques et les défis du développement.
Pour les économies africaines, l’enjeu dépasse largement les salles de conférence. Il concerne la capacité d’un entrepreneur à obtenir un crédit, d’un État à construire une centrale électrique et d’un jeune à trouver un emploi.
Le contexte est exigeant. Selon les données préliminaires de l’OCDE, l’aide publique au développement des pays membres et associés de son Comité d’aide au développement a chuté de 23,1 % en termes réels en 2025. C’est la plus forte baisse annuelle jamais enregistrée. Cette contraction intervient alors que les besoins de financement restent considérables. À Bangkok, le poids de la dette et le coût de son remboursement renforcent ainsi la recherche de nouvelles sources de financement.
Une réponse occupe une place centrale : mobiliser davantage de capitaux privés. Les discussions portent notamment sur la préparation de projets économiquement viables, le partage des risques, les financements en monnaie locale et le développement des marchés financiers nationaux. L’objectif est de rendre finançables des investissements dans l’énergie, les infrastructures et les entreprises.
Cette orientation soulève toutefois une question essentielle : qui financera les besoins indispensables dont la rentabilité commerciale est faible ou lointaine ? Une école rurale ou un centre de santé ne répondent pas aux mêmes critères qu’un projet industriel. Pour BFM, attirer des investisseurs exige donc aussi de préserver une capacité publique à définir les priorités et à négocier les conditions des partenariats.
Un autre débat de Bangkok mérite particulièrement l’attention des banques africaines : mieux financer les petites entreprises grâce aux données. La Banque mondiale met en avant l’utilisation des paiements numériques, des factures électroniques et des flux de trésorerie pour apprécier une activité, y compris lorsqu’elle manque de garanties traditionnelles ou d’historique de crédit.
La perspective est concrète : une entreprise pourrait mieux démontrer sa capacité de remboursement à travers ses ventes et ses encaissements. Encore faut-il des données fiables, des règles de protection adaptées et des crédits à des conditions soutenables.
Pour le Burkina Faso et l’UEMOA, notre lecture est claire : ces débats invitent à mieux mobiliser l’épargne, préparer les projets et relier banques, investisseurs et entreprises locales. Chaque financement devrait être évalué à l’aune de ce qu’il permet réellement de produire.
Le succès de Bangkok se mesurera aussi loin de Bangkok : dans les entreprises financées, les services accessibles et les emplois effectivement créés.
