Le chiffre impressionne : 248 millions de comptes de monnaie électronique dans l’UEMOA en 2024, contre 209 millions un an auparavant. Pourtant, seuls 76,9 millions sont actifs, selon le rapport de la BCEAO publié le 13 mars 2026. Cet écart invite à regarder autrement la bataille du mobile money.
La Banque centrale considère comme actif un compte ayant enregistré au moins une transaction au cours des quatre-vingt-dix derniers jours. Le taux d’activité atteint 30,9 %. Par différence, environ 69,1 % des comptes ouverts n’entrent donc pas dans cette catégorie. Cela ne signifie pas que sept utilisateurs sur dix ont abandonné le service : l’indicateur porte sur des comptes, pas sur des personnes uniques.
Le marché progresse néanmoins. Entre 2023 et 2024, le nombre de comptes actifs augmente de 11,62 %. Mais celui des comptes ouverts avance plus vite, de 18,99 %. Le recrutement élargit ainsi la base enregistrée plus rapidement que l’usage mesuré.
Notre lecture : cette divergence rappelle la limite des classements fondés uniquement sur les inscriptions. Deux prestataires affichant une clientèle enregistrée comparable peuvent avoir des réalités commerciales différentes. Pour apprécier leur activité, il faudrait aussi connaître la fréquence des transactions, la fidélisation et les revenus associés aux usages.
Les chiffres agrégés ne permettent pas, à eux seuls, d’expliquer l’inactivité. Coût du service, qualité du réseau, disponibilité des agents, confiance ou préférence pour un autre portefeuille constituent des pistes à examiner, pas des causes démontrées par ce seul ratio.
Pour les banques, les fintech et leurs investisseurs, l’enjeu stratégique devient alors concret : transformer un compte ouvert en service régulièrement utile. Pour les pouvoirs publics, mesurer l’inclusion suppose également de regarder ce que les citoyens peuvent effectivement faire avec leurs outils financiers.
La prochaine bataille du mobile money pourrait ainsi se jouer dans les habitudes : payer un fournisseur, régler ses achats ou recevoir un revenu. C’est cette utilité répétée qui donne une valeur économique durable à une inscription.
