Le financement public progresse, le crédit privé aussi. Mais derrière les milliards, quelle place pour les petits entrepreneurs qui veulent investir et embaucher ?

Note éditoriale : Notre correspondant à Cotonou a fait la rencontre de Koffi, un jeune entrepreneur de voiture.

Devant sa boutique de produits alimentaires, Koffi ambitionne d’agrandir son stockage, d’acheter un véhicule de livraison et recruter deux personnes. Il lui manque quinze millions de francs CFA. Dans son dossier, des factures et des relevés bancaires. Il nous confit que la banque réclame des comptes mieux structurés et une garantie qu’il ne possède pas. Le projet attend. Les emplois aussi.

Pendant ce temps, le marché régional finance des besoins publics considérables. Selon Oulimata Ndiaye, directrice d’UMOA-Titres, l’encours des titres publics émis par adjudication pourrait approcher 24 800 milliards FCFA fin 2026. Il s’agit d’un stock restant à rembourser, et non des emprunts de l’année ou de la dette publique totale.

Ces ressources peuvent financer des infrastructures, soutenir les commandes publiques et permettre le règlement de fournisseurs. Elles peuvent donc bénéficier aux entreprises. Mais l’augmentation des placements bancaires en titres publics soulève une question : quelle capacité reste disponible pour accompagner les projets privés ?

Oulimata Ndiaye reconnaît cette exposition croissante, tout en affirmant qu’aucun effet d’éviction n’est actuellement constaté. La BCEAO confirme que le crédit bancaire au secteur privé progressait de 6,6 % à fin juin 2026, sur un an. Financement public et crédit privé peuvent ainsi augmenter simultanément.

Toutefois, une moyenne régionale ne dit pas qui reçoit les prêts. Grandes entreprises, petits commerces, industries : les situations diffèrent. Le blocage du dossier de Koffi ne prouve aucun transfert de ressources vers l’État. Il invite à examiner les garanties, la qualité des comptes et les conditions d’accès.

La banque doit également protéger les ressources de ses déposants. Elle évalue la capacité de remboursement, les risques et la durée du financement. Pour Koffi, l’enjeu serait de transformer son expérience commerciale en informations financières vérifiables. Pour le prêteur, de comprendre son activité sans rendre l’étude du dossier excessivement coûteuse.

Le prix mérite aussi attention. Au deuxième trimestre 2026, le taux moyen des nouveaux crédits bancaires, hors taxes et charges, atteignait 6,67 %, contre 6,70 % auparavant. Les taux de sortie des bons publics reculaient, eux, de 51 points de base. Ces instruments différents ne permettent aucune comparaison automatique, mais interrogent la transmission de la détente financière aux entreprises.

Les solutions doivent combiner accompagnement comptable, garanties adaptées et remboursements compatibles avec les recettes attendues. Diversifier les investisseurs en titres publics, notamment vers les assureurs et les caisses de retraite, peut aussi réduire la concentration bancaire, sans garantir mécaniquement davantage de crédits aux PME.

Pour apprécier les progrès, il faudrait connaître les délais de décision, les motifs de refus et la part des financements destinée aux petites entreprises. Ces indicateurs rendraient le débat plus concret pour chaque emprunteur.

Koffi reste un exemple concret. La question qu’il incarne mérite pourtant une réponse : comment faire parvenir les ressources financières jusqu’aux projets viables qui créent des emplois ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *