Une victime affirme avoir perdu 388 000 FCFA après l’installation d’une application non officielle. Aucun élément public ne prouve une intrusion dans le système central de Wave. L’affaire révèle une menace réelle : des téléphones compromis ouvrant l’accès aux portefeuilles électroniques.

Ce n’est peut-être pas Wave qui a été piraté. Mais c’est bien l’argent de clients Wave qui disparaît.

Depuis début août 2026, plusieurs témoignages sur les réseaux sociaux ivoiriens font état de comptes Wave vidés à distance. Le cas le mieux documenté concerne un jeune Ivoirien dont un proche affirme que 388 000 FCFA ont été retirés le 7 août sans son consentement. La famille a rendu l’affaire publique le lendemain.

Après des échanges avec Wave Côte d’Ivoire, elle a attribué la compromission à une application présentée comme « Yacine TV », installée pour regarder des matchs. Le logiciel aurait intercepté le code secret ou permis une prise de contrôle du téléphone. Cette version a été publiée par un proche après l’examen du dossier par Wave. Elle reste un témoignage, non une expertise indépendante.

Une fraude contre les clients, pas une cyberattaque confirmée contre Wave

Le mot « piratage » recouvre deux scénarios. Le premier serait une intrusion chez Wave, une fuite de données ou une faille généralisée de son application. Au 19 août 2026, aucun communiqué de Wave, de la BCEAO ou d’une autorité ivoirienne ne confirme cette hypothèse.

Le scénario mieux étayé est celui d’un téléphone ou d’identifiants compromis. Les fraudeurs exploitent de faux liens, applications ou agents du service client. Certains logiciels lisent l’écran, enregistrent les frappes ou exploitent l’accessibilité d’Android pour piloter l’appareil.

Le 8 août, une alerte attribuée à la Plateforme de lutte contre la cybercriminalité mettait précisément en garde contre des fichiers APK malveillants diffusés par lien. Une fois installés, ils peuvent accéder aux données du téléphone et faciliter des retraits frauduleux. La PLCC recommande de télécharger uniquement depuis les boutiques officielles.

Wave a également demandé à ses clients de ne pas installer d’applications hors des stores officiels, de ne pas ouvrir de liens suspects et d’appeler le 1315 en cas de doute. Son avertissement a été publié le 13 août.

Cette fraude ne repose pas toujours sur un logiciel. En avril, la police ivoirienne avait démantelé à Fresco un réseau de présumés escrocs se faisant passer pour des agents Wave. Un plaignant disait avoir perdu 2 millions de FCFA. À San-Pedro, plusieurs plaintes enregistrées en 2024 et 2025 représentaient plus de 10 millions de FCFA de préjudice, selon l’Agence ivoirienne de presse.

Qui doit supporter la perte ?

L’utilisateur doit protéger son code, éviter les applications douteuses et signaler rapidement toute opération suspecte. Mais l’imprudence éventuelle du client ne clôt pas automatiquement le dossier.

L’Instruction n°001-01-2024 de la BCEAO impose une authentification forte et place sur le prestataire la charge de démontrer qu’une opération contestée a été authentifiée, correctement enregistrée et exempte de défaillance technique. La simple trace d’utilisation d’un instrument de paiement ne suffit pas, à elle seule, à établir le consentement du client. Le texte prévoit le remboursement d’une opération non autorisée, sauf notamment si une fraude ou un manquement grave de l’utilisateur est établi.

Cette règle mérite d’être rapprochée des conditions générales de Wave, selon lesquelles une transaction confirmée par le PIN exonère l’entreprise et le client doit prouver qu’il ne l’a pas autorisée. L’articulation entre ces clauses et la réglementation régionale appelle une clarification publique.

Pour chaque contestation, l’enquête devrait donc vérifier l’appareil utilisé, le bénéficiaire, l’horaire, le mode d’authentification et les alertes déclenchées. Un code PIN correct ne raconte pas, à lui seul, toute l’histoire.

Restaurer la confiance

Wave gagnerait à publier le nombre de réclamations similaires, les vecteurs identifiés, les mesures prises et une confirmation explicite sur l’intégrité de son infrastructure. L’entreprise pourrait aussi renforcer le gel d’urgence des comptes, les contrôles lors de l’ajout d’un nouvel appareil et la détection des transferts inhabituels.

Les victimes doivent recevoir un numéro de dossier, le relevé des opérations contestées, une conclusion motivée et les voies de recours. La politique de réclamations de Wave annonce une réponse sous deux jours ouvrables et une résolution sous quinze jours ouvrables.

À ce stade, parler d’un « piratage massif de Wave » serait excessif. En revanche, des fraudeurs ciblent activement les utilisateurs de mobile money, avec pour eux le même résultat qu’une faille interne : un compte vidé en quelques minutes. Dans la finance numérique, la confiance se mesure précisément au pire moment, lorsque le client affirme que son argent a disparu.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *