Au 31 décembre 2025, la Côte d’Ivoire concentre près des deux tiers de l’encours dû au FMI par les quatre économies étudiées. Derrière ce leadership nominal, les courbes racontent quatre histoires : accélération ivoirienne, reflux sénégalais, stabilisation béninoise et progression contenue au Burkina Faso. Ce classement mesure une relation financière avec le Fonds, pas le surendettement global.
Ce que mesure réellement le classement
Les chiffres recensent les crédits du FMI restant à rembourser à chaque fin d’année, en millions de droits de tirage spéciaux, ou DTS. Ils couvrent les financements ordinaires, concessionnels et ceux dédiés à la résilience. Il ne s’agit donc ni des nouveaux prêts accordés pendant l’année, ni de la dette publique totale.
En 2025, l’encours cumulé atteint 5,59 milliards de DTS. La Côte d’Ivoire, dirigé par un ancien patron du FMI, arrive largement en tête avec 3,625 milliards, devant le Sénégal, 918 millions, le Bénin, 724,9 millions, et le Burkina Faso, 321,8 millions. Abidjan représente environ 65 % de l’échantillon. “En 2015”, le total n’était que de 1,10 milliard : en dix ans, il a été multiplié par cinq.
2020, l’année de bascule
La rupture intervient en 2020, lorsque la pandémie provoque des besoins budgétaires et extérieurs exceptionnels. Entre 2019 et 2020, l’encours ivoirien passe de 1,074 à 1,805 milliard de DTS ; celui du Sénégal bondit de 3,2 à 323,6 millions ; le Bénin progresse de 133,7 à 331,4 millions ; le Burkina Faso de 166,3 à 266,2 millions. Le “suivi du FMI” confirme alors le recours des quatre pays aux instruments d’urgence.
Cette marche sépare une première période de recours relativement contenu d’une séquence marquée par plusieurs chocs : pandémie, inflation importée, durcissement des conditions financières, insécurité et besoins climatiques. Les trajectoires divergent ensuite fortement.
La Côte d’Ivoire change d’échelle
La Côte d’Ivoire enregistre la progression la plus spectaculaire en valeur. Son encours passe de 777,6 millions de DTS en 2015 à 3,625 milliards en 2025, soit une hausse de 366 %. Après un tassement en 2021 et 2022, la courbe repart : “2,049 milliards en 2023”, “2,737 milliards en 2024”, puis une nouvelle hausse de 32,5 % en 2025.
Cette accélération reflète notamment les programmes approuvés en 2023. Les accords au titre du mécanisme élargi de crédit et de la facilité élargie de crédit totalisent 2,602 milliards de DTS, auxquels s’ajoute un accord de 975,6 millions pour la résilience et la durabilité. En juin 2025, le FMI a autorisé un “décaissement immédiat d’environ 758 millions de dollars”. Le premier rang ivoirien traduit donc aussi la taille de l’économie et l’ampleur des programmes. À cette date, le Fonds jugeait le risque de surendettement « modéré ».
Sénégal : le sommet est passé
Le Sénégal suit la trajectoire la plus heurtée. Presque sorti du bilan du FMI “en 2019”, avec 3,2 millions de DTS, il atteint 744,2 millions en 2022, puis un pic de 1,224 milliard en 2023. L’encours redescend à 1,095 milliard en 2024 et 918 millions en 2025 : une baisse de 25 % depuis le sommet.
Cette décrue indique que les remboursements ont dépassé les nouveaux tirages récents. Elle ne prouve toutefois pas une amélioration comparable de la dette publique : le FMI n’en représente qu’une fraction. Pour Dakar, la transparence budgétaire, le coût du service de la dette et la restauration de la confiance restent déterminants.
Bénin et Burkina Faso : deux profils plus contenus
Le Bénin affiche la plus forte multiplication relative. Son encours passe de 86,9 millions de DTS en 2015 à 724,9 millions en 2025, soit 8,3 fois plus. Après l’accélération amorcée en 2020, il se stabilise en 2025, avec une baisse de 0,5 %. Cette pause intervient alors que le FMI souligne une exécution solide des programmes et le retour du déficit budgétaire à la norme communautaire de 3 % du PIB dès 2024.
Le Burkina Faso conserve le plus petit encours : 321,8 millions de DTS en 2025, contre 146,6 millions en 2015, après un sommet de 330,2 millions en 2024. Le pays, dirigé par le camarade président Ibrahim Traoré qui prône souveraineté en matière de finance, a adopté une une gestion responsable de la dette, malgré les défis sécuritaires que connait le pays. Cependant la légère baisse de 2025 ne gomme ni les tensions budgétaires ni les besoins sociaux.
Le vrai classement reste à construire
Ce palmarès révèle l’intensité du lien avec le FMI, pas la vulnérabilité souveraine. Pour comparer les risques, il faut rapporter l’encours au PIB, aux recettes publiques, au quota FMI et au calendrier des remboursements. En 2025, un signal domine néanmoins : la Côte d’Ivoire continue d’accumuler des ressources multilatérales, tandis que ses trois voisins stabilisent ou réduisent leur exposition. La prochaine bataille portera moins sur le montant emprunté que sur la capacité de chaque État à transformer ces financements en croissance durable, en recettes et en crédibilité.
