Si la CEDEAO lance l’ECO en 2027, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ne pourront pas rester spectateurs. Pour l’AES, préparer une monnaie commune ne relèverait plus du symbole, mais d’une nécessité stratégique.

Le calendrier monétaire ouest-africain s’accélère. Réuni le 7 septembre 2026, le Conseil de convergence de la CEDEAO a jugé l’objectif de 2027 réalisable et demandé d’accélérer les travaux. L’ECO redevient ainsi une hypothèse sérieuse.

La CEDEAO et l’Union monétaire ouest-africaine sont deux organisations distinctes. Le lancement de l’ECO ne ferait donc pas juridiquement disparaître le franc CFA du jour au lendemain.

L’UMOA rassemble actuellement huit pays : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. La BCEAO possède le privilège exclusif d’émettre le franc CFA dans ces États. Mais cette architecture est traversée par une fracture politique : cinq membres appartiennent toujours à la CEDEAO, tandis que le Burkina Faso, le Mali et le Niger l’ont quittée pour construire leur Confédération.

Si les cinq pays côtiers de l’UMOA rejoignent l’ECO, la BCEAO, sa gouvernance, ses réserves, ses systèmes de paiement et le dispositif bancaire régional devront être réorganisés. Les trois pays de l’AES pourraient théoriquement conserver le nom « franc CFA », mais pas exactement le même système après le départ éventuel de cinq des huit membres.

Il faudrait renégocier les traités, répartir les actifs et les engagements et redéfinir l’autorité monétaire. Rester à trois dans le franc CFA ne serait donc pas totalement impossible sur le papier, mais techniquement intenable sans une refonte profonde. Ce serait déjà une nouvelle union monétaire à trois.

Pourquoi alors reconstruire un franc CFA résiduel lorsque les trois États disposent d’une Confédération appelée à mutualiser leur défense, leur diplomatie et leur développement ?

La cohérence conduit vers une monnaie AES

Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont placé la souveraineté au centre de leur trajectoire. Celle-ci ne peut durablement s’arrêter aux domaines militaire, diplomatique ou minier. La monnaie détermine les conditions du crédit, la gestion des réserves, la lutte contre l’inflation et une partie de la capacité des États à répondre aux crises.

Il serait difficilement compréhensible que l’AES affirme vouloir maîtriser son destin tout en restant dépendante d’une architecture monétaire transformée par un projet porté par une organisation qu’elle a quittée.

Une monnaie commune AES ne constituerait pas un geste d’hostilité envers les voisins, mais l’aboutissement logique de la Confédération. Elle éviterait trois petites monnaies nationales, préserverait un espace économique commun et permettrait une politique monétaire davantage adaptée aux réalités sahéliennes : enclavement, dépenses sécuritaires, dépendance aux importations, vulnérabilité climatique et besoins d’investissements productifs.

Elle pourrait aussi faciliter les paiements et renforcer la cohérence des politiques agricoles, énergétiques, industrielles et minières.

Le volontarisme politique ne suffira cependant pas. Une monnaie ne devient pas solide parce qu’elle porte un nouveau nom ou un drapeau. Sa crédibilité repose sur la production, les recettes publiques, les réserves de change, la discipline budgétaire, la solidité des banques et la confiance des populations.

L’or du Burkina Faso et du Mali, ainsi que l’uranium et le pétrole du Niger, représentent des atouts. Mais ces ressources ne garantissent pas automatiquement la valeur d’une monnaie. Elles doivent être transformées en recettes, en réserves disponibles et en capacités productives.

Une transition précipitée pourrait entraîner inflation, hausse du coût des importations, fuite des capitaux ou tensions bancaires. C’est justement pour éviter ces risques que l’AES doit anticiper au lieu d’attendre que l’ECO lui impose un calendrier.

Décembre : annoncer une méthode

Le sommet ordinaire de l’AES attendu en décembre pourrait être décisif. Il ne devrait pas forcément annoncer une mise en circulation immédiate. L’annonce la plus crédible serait celle d’une feuille de route : création d’un Institut monétaire de l’AES, audit des réserves et des engagements au sein de la BCEAO, définition de critères de convergence, choix du régime de change et préparation d’une Banque centrale confédérale.

La transition devra garantir les dépôts, les salaires, les pensions, les contrats et les dettes. Elle devra prévoir des accords de convertibilité et de paiement avec l’UEMOA, l’ECO et les autres partenaires. La souveraineté monétaire ne doit pas isoler l’AES, mais lui permettre de coopérer à partir d’une position choisie.

Si l’ECO entre effectivement en circulation en 2027, le statu quo deviendra pratiquement intenable. L’AES doit se préparer avant que les événements ne décident à sa place. La souveraineté ne signifie pas l’absence de règles : elle signifie la capacité de définir ses propres règles, de les respecter et d’en répondre devant ses peuples.

Dans cette perspective, la monnaie AES ne serait ni un caprice ni un slogan. Elle deviendrait l’instrument économique naturel d’une souveraineté déjà proclamée.

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