Les ressources du secteur bancaire ont bondi de 16,5 % en 2025, tandis que les crédits à la clientèle n’ont augmenté que de 5,5 %. Cette différence ne signifie pas que l’argent reste inutilisé : elle révèle surtout une transformation des bilans, avec davantage de dépôts, de placements en titres et une gestion plus prudente du risque.

Analyse fondée principalement sur le Rapport annuel 2025 de la Commission Bancaire de l’UMOA, publié en août 2026.

67 459,9 Mds FCFA ressources bancaires à fin 2025+16,5 % hausse annuelle des ressources56 200,2 Mds FCFA dépôts et emprunts
38 731,6 Mds FCFA crédits à la clientèle+5,5 % progression annuelle des crédits+15,1 % progression du portefeuille de titres

Une année exceptionnelle pour la collecte bancaire

À fin 2025, les établissements de crédit de l’UMOA disposaient de 67 459,9 milliards FCFA de ressources, en hausse de 16,5 % sur un an. La progression est nettement supérieure à celle observée en 2024. Elle repose principalement sur les dépôts et emprunts de la clientèle, qui atteignent 56 200,2 milliards FCFA et représentent plus de quatre cinquièmes des ressources du secteur.

Cette évolution est positive pour les banques. Plus elles collectent de dépôts auprès des ménages, entreprises et administrations, plus elles disposent d’une base de financement locale pour accorder des crédits, investir et faire face aux retraits. Une bonne collecte réduit également la dépendance à des financements externes souvent plus coûteux.

Le paradoxe de 2025 : les ressources montent trois fois plus vite que le crédit

Le principal enseignement du rapport apparaît lorsque l’on compare la collecte aux prêts. Les ressources progressent de 16,5 %, mais les crédits à la clientèle n’augmentent que de 5,5 %, à 38 731,6 milliards FCFA. L’écart est suffisamment important pour montrer que les nouvelles ressources ne sont pas entièrement transformées en crédits supplémentaires.

Une partie est conservée pour la liquidité et le respect des règles prudentielles. Une autre est orientée vers les titres, notamment les obligations publiques. Le portefeuille de titres des banques a progressé de 15,1 % en 2025, soit presque trois fois le rythme du crédit. Pour les établissements, ces actifs peuvent générer des revenus et servir de garanties dans certaines opérations de refinancement.

Indicateur2025Évolution
Ressources totales67 459,9 Mds FCFA+16,5 %
Dépôts et emprunts56 200,2 Mds FCFA+16,0 %
Crédits à la clientèle38 731,6 Mds FCFA+5,5 %
Portefeuille de titres25 796 Mds FCFA+15,1 %
Le chiffre à retenir :  la collecte bancaire a augmenté environ trois fois plus vite que le crédit. C’est le cœur du sujet économique : le secteur dispose de davantage de moyens, mais leur transformation en financement direct des entreprises et des ménages reste plus lente.

Pourquoi les banques restent-elles prudentes ?

Un dépôt bancaire ne peut pas être automatiquement transformé en prêt. La banque doit être sûre de pouvoir rembourser ses déposants et de respecter les exigences de liquidité et de solvabilité. Elle doit également évaluer la capacité de remboursement de chaque emprunteur.

Le risque de crédit reste significatif dans la région. Le taux brut de dégradation du portefeuille bancaire s’établit à 9,1 % en moyenne en 2025. Cela signifie qu’une part non négligeable des créances connaît des difficultés de remboursement. Dans ce contexte, les banques peuvent préférer sélectionner davantage les dossiers de crédit ou placer une partie de leurs ressources dans des actifs plus liquides.

Des réalités très différentes selon les pays

La moyenne régionale de +5,5 % masque de grands écarts. En Côte d’Ivoire, premier marché bancaire de l’Union, les crédits ont progressé de 11,9 % en 2025. Au Burkina Faso, ils ont reculé de 4 %, tandis qu’au Niger la baisse atteint 5,4 %. Ces contrastes reflètent des environnements économiques, des risques et des dynamiques de demande de crédit différents.

La Côte d’Ivoire concentre à elle seule 37,9 % des actifs bancaires de l’UMOA. Avec le Sénégal, les deux pays représentent plus de la moitié du bilan bancaire régional. Les tendances observées sur ces grands marchés influencent donc fortement la moyenne de l’Union.

Des banques plus solides et plus rentables

La hausse des ressources s’accompagne d’un renforcement de la solidité financière. Le ratio moyen de solvabilité du secteur atteint 15,6 % à fin 2025, au-dessus du minimum réglementaire de 11,5 %. Cela signifie que, dans l’ensemble, les banques disposent d’un coussin de fonds propres supérieur à l’exigence minimale pour absorber les risques.

Le résultat net consolidé atteint 1 252,1 milliards FCFA, en hausse de 25,5 %. La rentabilité progresse donc bien plus vite que le crédit.

Ce que cela signifie pour l’économie réelle

Pour les économies de l’UEMOA, l’augmentation de la collecte est une bonne nouvelle seulement si elle permet, à terme, de financer davantage l’investissement productif. Les besoins restent importants dans les PME, l’agriculture, l’industrie, l’habitat et les infrastructures privées.

Le défi consiste donc à augmenter le crédit sans détériorer sa qualité. Cela suppose des entreprises mieux structurées, des données financières plus fiables, des garanties adaptées et des produits bancaires capables de répondre aux besoins des PME. La digitalisation peut également aider les banques à mieux connaître leurs clients et à réduire certains coûts de distribution.

Lecture BFM :  2025 est moins une année de « boom du crédit » qu’une année de renforcement des bilans. Les banques ont davantage de ressources, sont globalement plus solides et plus rentables. La question pour 2026 est de savoir quelle part de cette puissance financière supplémentaire pourra être transformée en crédits sains et productifs.

En conclusion

La hausse de 16,5 % des ressources bancaires montre que le secteur financier régional gagne en profondeur. Mais le décalage avec la progression de 5,5 % du crédit révèle une prudence toujours forte et un arbitrage plus important vers les titres. Pour l’UMOA, le prochain défi n’est donc plus seulement de mobiliser l’épargne : il est de mieux la convertir en financement de l’économie, sans sacrifier la stabilité du système bancaire.

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